Nouveau post

Les plus populaires

Moi, grimeuse et voleuse de travail?

 

Attention, sujet sensible !

Aujourd’hui, on va parler de concurrence. Tu sais, cette étudiante qui fait des maquillages pour payer son forfait téléphone… ou cette maman grimeuse débutante qui se lance timidement en affichant des tarifs rikikis… ou encore,  cette grimeuse qui n’ose pas aligner ses tarifs sur ceux de ses consœurs de la région, car elle n’a pas un aussi bon niveau qu’elles.

Grrr ces méchantes étudiantes, mamans-grimeuses-débutantes et grimeuses-qui-se-sous-estiment … qui font de la concurrence déloyale ! Les vilaines !

Eh bien, je suis peut-être naïve, mais je pense que ces personnes ne font pas de la concurrence déloyale intentionnellement. Je pense que c’est souvent par ignorance, par manque de connaissance du milieu.

 

Ma volonté, via cet article, est double :

1. Conscientiser les maquilleuses artistiques étudiantes / débutantes / occasionnelles (en les informant)

2. Apaiser un peu l’animosité des maquilleuses pro envers les non-pros

 

(petite remarque avant de continuer : depuis 2012,  je m’intéresse énormément au marketing et à l’entreprenariat. J’ai lu énormément de livres. Dans le cas qui nous occupe, «  être photographe portraitiste », écrit par Sarah Tailleur, est un livre de 289 pages traitant quasiment exclusivement du lancement de son activité du point de vue marketing. Et même s’il parle de la photographie, il est aisé de faire des parallèles avec le monde du grimage, car l’un comme l’autre, sont des domaines artistiques dans lesquels « Mr et Mme tout  le monde » peut se lancer. )

 

1. Se mettre à la place d'une "grimeuse déloyale"

Commençons par apaiser l’animosité (les points suivant sont à lire avec recul et une certaine bonne foi ;) )…

 

1.1 Zones de chalandises éloignées :

Non, une maquilleuse qui n’a pas la même zone de chalandise (zone géographique où l’on propose ses services payants) ne peut pas être ta concurrente. Donc inutile de s’énerver envers ces grimeuses qui pratiquent des prix te semblant dérisoires à l’autre bout du pays. Les prix varient en fonction des régions (et même des périodes de l’année parfois)

 

1.2. Tolérer la phase d’acquisition d’expérience et travailler « gastronomique »

Oui, il est naturel que les maquilleuses qui se lancent pratiquent des prix très bas (voire gratuit parfois). Essaye de te mettre dans la peau d’une personne quidécouvre totalement l’univers du maquillage pour enfants. Elle passe d’abord par une phase d’amusement, elle veut juste pratiquer pour le plaisir. Ensuite l’idée d’en faire une activité lucrative germe. Mais elle a besoin de temps pour savoir si ça lui plait, pour ça, elle a besoin de s’entraîner, de tester, de tâter le terrain… alors elle propose à cousine Gigi de maquiller gratos à son mariage et à copine Valou de maquiller pour presque rien à l’anniversaire de sa fille.C’est un métier pour lequel il faut pratiquer pour apprendre. Cette phase est nécessaire aussi pour cerner les attentes des clients, affiner son style, etc. Il y a une phase de tâtonnement, d’exploration. N’as-tu pas eu toi-même une phase d’exploration avant de te lancer réellement ? « Grrr exploration ou pas, ces filles-là prennent mon travail », tu vas me dire. Vraiment ? Pourtant tonniveau et ton service client devraient être incontestablement meilleur comparé à une pure débutante si tu exerces comme professionnelle. Dans ce cas, pas d’inquiétude ;) Voici un petit extrait bien imagé du livre « être photographe portraitiste » : « Ce n’est pas parce que le fast-food existe, qu’il n’y a plus de restaurantgastronomique ». En d’autres termes, nous pouvons coexister, nous offrons un niveau de service différent. De plus, durant cette phase de d’exploration, certaines vont découvrir que ce métier n’est simplement pas fait pour elles.

 

1.3. Gamme de clientèle différente 

Oui, il y aura toujours desclients qui chercheront le moins cher,à négocier les prix, etc. Des gens qui veulent un super événement sans rien débourser (ou presque), il y en a des millions ! Le meilleur conseil que je puisse donner, c’est de passer ton chemin. Ce n’est simplement pas un client pour toi. Il vaut mieux avoir 1 client qui paye bien que 3 qui payent mal (oui, je parle également de la meilleure amie de cousine Gigi)… c’est en plus bien souvent ces derniers aussi les plus ch****. Garde ton énergie pour offrir un superbe service client à ceux qui te payent à ta juste valeur et pour trouver d’autres clients qui te méritent. Extrait du livre « être photographe portraitiste » : « Je considère qu’un amateur ne nuit pas au marché, car il prend une clientèle d’entrée de gamme qui ne ferait pas appel à un professionnel ».
Si tu es optimiste, tu peux aussi partager ce diagramme à ton potentiel client pour lui expliquer que tes tarifs vont de pair avec la qualité de ton travail :

 

1.4. Nous ne sommes pas les seules « victimes »

Les « femmes/hommes à tout faire » sont partout ! En tant que grimeuses, nous ne sommes pas les seules concernées. Les entrepreneurs en bâtiments, les esthéticiennes, les photographes, les organisateurs d’événements, les graphistes, … tous doivent côtoyer des amateurs. Peut-être que dédramatiser serait une bonne chose ;)

 

1.5. Perception individuelle de la « normalité », le changement prend du temps

Oui, pour une étudiante ou une caissière, travailler pour 70€/h, par exemple, ça paraît complètement fantaisiste. Alors quand on leur dit que c’est pour des maquillages pour enfants, ça paraît encore plus loufoque. C’est difficile de changer d’échelle et de comparerun tarif horaire moyend’un intérimaire/ouvrier avec le tarif horaire d’un métier d’indépendant. Il faut du temps pour que la prise de conscience ait lieu et enclenche le changement. (ps : la prise de conscience peut commencer par la lecture de cet article ;) )

 

1.6. Aider les maquilleuses à dépasser leur syndrome de l’imposteur

Extrait de Wikipédia : « Les personnes atteintes du syndrome de l'imposteur, appelé aussi syndrome de l'autodidacte, expriment une forme de doute maladif qui consiste essentiellement à nier la propriété de tout accomplissement personnel. (…)Inconsciemment convaincues que leur réputation est usurpée, ces dernières fuient toute possibilité qui leur permettrait d'aller encore plus loin. » La conséquence, c’est qu’une grimeuse risque de se bloquer elle-même au statutde débutante/amatrice, malgré les années d’entraînement, car elle ne se sent pas légitime à exercer et donc à se faire payer décemment pour un métier sous prétexte qu’ellen’a pas suivi telle ou telle formation. Elles ont besoin malheureusement d’une approbation extérieure qui leur donnerait « l’autorisation » d’exercer. Quandvous croisez ce genre de grimeuse, je vous invite à ce que vous les encouragiez par des mots« tu fais du super bon boulot, les clients sont contents de toi, il est temps que tu te fasses payer correctement, tu es désormais une professionnelle…etc. ». Chacun a son propre parcours de vie, chacun s’est donc formé de façons différentes : école, workshop, tutos, mentorat… un mix de toutes ces choses. Il est selon moi contreproductif de tenter de complexer les « maquilleuses issues de Youtube » en leur faisant ressentir qu’elles valent moins qu’une fille qui a suivi une formation en maquillage beauté ou une formation d’esthéticienne. C’est contreproductif, car nous devons toutes coexister (que ça nous plaise ou non) et toutes pratiquer des prix semblables, donc on doit toutes se sentir en droit d’exercer en tant que professionnelles.

 

1.7. La concurrence peut être saine

C’est un moyen pour évoluer, personnaliser ses services, les élevés et se distinguer. Cela contribue à l’amélioration globale du monde artistique.

 

1.8. Des tarifs différents pour les « rocks stars du grimage »

Si tu engages pour ton mariage le groupe de jazz du café du coin ou Céline Dion, les tarifs ne seront pas pareils, c’est tout à fait compréhensible. C’est pareil pour la toile réalisée par Mme Ducoindelarue ou Picasso. Je peux encore citer beaucoup d’autres métiers dans lesquels la réputation et le niveau d’expertise influencent la rémunération : architecte, coach sportif, médecin, styliste, etc. Vouloir une homogénéisation du tarif minimum me semble respectable, mais une homogénéisation d’un tarif maximum me semble être un manque de bon sens.

 

1.9. Remettre ses méthodes de prospection en question

Tu es grimeuse pro et tu n’as pas assez de contrats ? La faute à ces vilaines grimeuses-débutantes-étudiantes-occasionnelles ! … heum … pas si sûr ! Si tu es du genre « grimeuse artiste qui ne veut pas se promouvoir » faisant abstraction de l’aspect marketing ?Alors, la concurrence déloyale n’est pas la source unique à tes malheurs selon moi ;) Ok, les hobbyistes s’approprient une part du marché, mais tu ne peux pas les accuser pour toutes tes difficultés.

 

2. Conscientisation des "grimeuses déloyales"

Maintenant que les esprits sont un peu moins échauffés après avoir regardé à travers le prisme d’une grimeuse occasionnelle,  continuons avec la phase de «  conscientisation » en regardant à travers le prisme d’une grimeuse professionnelle qui doit vivre de ce métier  …

2.1. Des frais que tu ne soupçonnes pas :

Les grimeuses, comme n’importe quel indépendant, ont des charges très élevées à payer et des frais cachés liés à l’exercice de leur profession. Voici un lien vers un article intéressant de Pikeepik  

 


Image provenant du site https://www.pikeepik.net

Bref résumé :

- le matériel (dont certains produits/outils sont à renouveler plus fréquemment que d’autres)

- Le véhicule et son usure

- assurance

- formations + nombreuses heures d’entraînement

- heures relations clients + paperasse

- tenue de travail

- etc

 

2.2. Travail clairsemé et incertain:

Pas de travail en semaine, contrats parfois annulés en cas de pluie, accepter des contrats de 2h qui parfois nous fait perdre une opportunité de travail d’un week-end entier, plus de travail pendant les fêtes de fin d’année, certaines périodes calmes, etc.

 

2.3. Partager le terrain avec des «gentils  hobbyistes nuisibles malgré eux »

Les amateurs, même s’ils sont dénués de mauvaises intentions (comme longuement expliqué dans le point n°1 de cet article), quoi qu’on en dise, peuvent nuire à la profession pour deux raisons : s’ils cassent les prix ; s’ils s’affirment comme professionnels en offrant un service médiocre. Dans ce dernier cas, les clients peuvent alors mettre tous les artistes maquilleurs dans le même sac et se dire que ce sont tous des charlatans surpayés.

 

2.4. Partager le terrain avec des travailleuses « du nord »

Les statuts de travail (et donc les taxes) différent en fonction des pays. En Belgique, il est possible de travailler comme artiste sans payer de taxes  grâce à la carte artiste et les contrats RPI (régime des Petites Indemnités) et donc de proposer des prix cassés en comparaison aux pays limitrophes . Les grimeuses du nord de la France doivent donc faire parfois concurrence avec des maquilleuses belges qui, même en travaillant à un tarif horaire plus élevé qu’à l’habitude, restent encore fort bon marché par rapport aux françaises.

MAIS, je tiens à préciser que, en théorie, avec les RPI, une grimeuse belge ne peut pas gagner plus de 124€/jour, 30j/an max et 2500€/an.  De plus, les belges qui utilisent ce genre de contrat ne cotisent pas pour leur pension ou autre. Il est parfois préférable de travailler avec la coopérative Smart (ou alors via une agence intérimaire) qui permet de dépasser les plafonds des RPI, tout en maintenant ses droits au chômage et en cotisant pour ses protections sociales. Bémol, une fois les charges déduites, on a moins dans notre poche parfois qu’avec un RPI:/

 

Comment remédier à cela ?

> Dans un premier temps, faire savoir aux grimeuses belges qu’en France, elles doivent augmenter leurs tarifs, notamment grâce à la carte des tarifs horaires en fonction des régions disponible sur le groupe des grimeuses francophones.

> Ensuite, diffuser aussi parmi nos consœurs/confrères le groupe Facebook qui se bat pour une meilleure rémunération des maquilleuses : «  pour que les maquilleuses, maquilleurs soient rémunéré(e)s »

 

2.5. Préférer travailler avec des « consœurs » plutôt qu’avec des « concurrentes »

Il est tout à fait possible de bien s’entendre avec des grimeuses qui visent le même marché que toi. Ok, ce n’est pas toujours évident de surmonter « sa peur de l’autre » et/ou sa jalousie, etc. Mais il faut garder à l’esprit que le monde du grimage est très petit. C’est souvent les mêmes artistes que l’on est amené à croiser. Il n’est pas rare de devoir collaborer sur des contrats identiques. Autant avoir l’impression de travailler avec une consœur que l’on respecte, qu’avec son ennemi juré de toujours ;) Qui peut mieux te comprendre, te soutenir et t'aider que quelqu’un qui fait le même métier que toi? Quel bonheur de pouvoir papoter avec une personne qui nous comprend totalement.

 

2.6. Démarrer sans se tirer une balle dans le pied, sans nuire à ses rêves professionnels

Si tu démarres avec des prix extrêmement bas, les clients ne vont pas comprendre des hausses de prix très fortes des années suivantes et tu vas avoir du mal à lancer ton activité. C’est un peu comme « tuer le poussin dans l’œuf », comme on dit !

 

2.7. Se valoriser avec ses prix.

Voici quelques extraits d’un article intitulé « Le prix, détermine-t-il la perception du client de la qualité et de la valeur ? » du site TravelMarketing :« (…)  dans beaucoup de pays, on trouve ce rapport positif entre le prix et la qualité, le prix et la valeur. (…) Quand nous discutons avec des consommateurs, nous constatons que certains associent immédiatement le prix avec la qualité, tandis que d’autres ont besoin de plus d’informations et de raisonnement. (…) La marque et la publicité ont souvent une influence plus forte que le prix en tant qu’indicateurs d’une bonne qualité. » En somme, ne vous dévalorisez pas en affichant un prix en dessous de la moyenne. Ajoutez à cela quelques visuels de communication bien aboutis et votre crédibilité perçue par vos clients sera élevée. (Il ne reste plus qu’à fournir un service de qualité pour que votre crédibilité soit réelle ;) Lorsque la crédibilité perçue est plus élevée que la crédibilité réelle, c’est ce que l’on appelle un charlatan. Et je suis sûre que ce n’est pas ce que tu souhaites être.)

 

2.8. La concurrence a de multiples facettes

Diaboliser les grimeuses étudiantes/débutantes/occasionnelles, c’est un peu se voiler la face. Les autres grimeuses professionnelles peuvent être, elles aussi, déloyales. Le problème venant principalement du plagiat : organiser des événements aux mêmes dates que nous, approcher nos clients, recopier nos méthodes de promotion, etc. Trace ta route, n’accorde pas trop d’attention à ce type de concurrente, reste focus sur tes objectifs pour rester productive. Mais un conseil, ne te caches  pas par peur d’être copiée/imitée! Tu peux être la meilleure maquilleuse du monde, si personne ne sait que tu existes, ça ne sert à rien. Être imité est plutôt flatteur et si l’imitation est moins bien réussie, cela peut même t'élever au statut d’expert. Que du bénef ;)  Conclusion : On ne copie pas mot pour mot la grille tarifaire de sa voisine et autre supports. Voici une citation intéressante de Wilson Mizner, scénariste américain : « Copier sur un seul, c’est du plagiat. Copier sur deux, c’est de la recherche ».

 

Alors,  en résumé, qu’est-ce qu’on fait ?

 

1. On s’informe sur les prix de la région dans laquelle on travaille (une carte est en construction sur le groupe des grimeuses francophones… celle-ci est complétée à partir du recueil de témoignages de chaque membre)

2. Même en phase de test/exploration, on pratique des prix décents.

3. Après une phase de test de quelques petits mois, on s’aligne le plus vite possible sur le prix des consœurs des environs. (oui oui, même si tu fais ce travail de façon occasionnelle)

4. On dialogue constructivement (on partage cet article ;) )avec les grimeuses occasionnelles afin de faire évoluer positivement le milieu du maquillage… tant au niveau de la rémunération … que de l’atmosphère de travail sur les lieux de prestations (ou sur les dialogues sur les réseaux sociaux)

5. On tente de personnaliser son style, de faire évoluer son niveau et ses services pour éviter de plagier les copines, et se distinguer de la concurrence.

 

 

En espérant que ce sujet épineux ne t'aura pas trop  hérissé les poils ;)

 

Soumis par Sandy le mar, 06/18/2019 - 12:13

Partager cet article

- Ces articles peuvent aussi t'intéresser -

Commentaires

Ajouter un commentaire